Analyse

Guinée: La Trajectoire d’une crise sociale (opinion)

Être fonctionnaire est un engagement dans la vie socioprofessionnelle de son pays. Plus qu’un métier ou un gagne-pain, donc, le fonctionnaire s’engage dans une sorte de sacerdoce. Au service des siens. Au service du pays auquel il voue ou devrait un attachement particulier.

Il existe ainsi plus d’une ribambelle d’intérêts que le fonctionnaire tire de l’accomplissement des devoirs qu’incombe son sacerdoce. Souvent, presque toujours, il y va de construire sa propre personnalité mais aussi, quand on est responsable, de celle des autres.

De tous les postes ou services qu’offre notre fonction publique nationale, très peu, sinon aucun, pourrait plus que l’enseignement clamer les vertus cardinales du service public: dévouement de soi et sacrifice de son être au bien-être collectif, à l’encadrement et à la prospérité des “autres.”

Mais là s’arrête, chez nous en tout cas, le bonheur d’être enseignant. Je veux dire qu’en Guinée, être enseignant est devenu l’illustration par excellence de la précarité et de l’insécurité financière. En un mot, faute d’ennoblir cette profession, nous l’avons rabaissée. En effet, les enseignants figurent parmi les hommes les plus pauvres de notre pays.
Humblement et honorablement, ils ont des horaires inimaginables de travail que leur assigne leur rôle d’instituteurs.
Pourtant ils sont mal payés, très mal payés d’ailleurs. Mais humblement, honorablement, ils s’acquittent de leur devoir.

Prosaïquement, seulement les heures qu’ils prennent au delà de leurs réglementations dans les écoles privées et dans des cours de renforcement de capacités leur permettent de combler le vide de la fin du mois.

C’est plutôt un plaisir que de partager le savoir. Oui, noble métier caractérisé par le don de soi, l’enseignement constitue, je l’ai dit, un véritable sacerdoce.
Passer des nuits blanches à préparer des leçons pour que ne soient blancs les feuilles et le cerveau des élèves, animer des cours en classe en se donnant à fond, se vidant, avec passion et amour, d’énergie. Cela est un sacerdoce.
Ils souffrent pour préparer l’avenir des “autres”, ou, très souvent, “enfants des autres.”
Corriger les devoirs après les cours, à cela s’ajoute le nombre excessif de copies par classe, la norme dans nos écoles atteignant un minimum de 80 élèves par classe.
Mais même dans ce capharnaüm de misères qu’ils vivent au quotidien, Il est rare qu’ils parlent de salaire, la réussite des enfants étant l’objectif principal.

Alors, notre pays ne doit point être bouleversé à cause de guéguerre d’égos s’installant entre SLECG et Gouvernement autour des salaires des enseignants.
Chacun, de son côté, devrait pour autant faire une concession et accepter la position qui lui incombe.
Comme nous l’avons mentionné, être enseignant, ce n’est, dans aucun pays du monde,ni pour la gloire, ni pour l’argent, plutôt pour une mission dont aucun salaire ne peut égaler.
“Il faut que mes élèves arrivent tant bien que mal, à réussir leurs épreuves, leurs examens, leurs baccalauréats avec à la clef un savoir serviable et utile pour la société”. Telle est la vocation des maîtres de la craie et cela ressort la consécration réelle d’une mission accomplie.

A un moment donné, il faudrait se sortir des calculs minuscules qui risquent d’enfoncer l’école dans une limite qu’on lui aurait imposée, se dérobant ainsi de sa mission première.

La grève est certes légitime, réclamant une amlioration des conditions de vie.
Cependant les indicateurs laissent paraître que si elle dépasse une limite, elle tiendrait d’une volonté égoïste et d’un orgueil indescriptible.
Que le gouvernement fasse ce qui est faisable, qu’il ne menace pas les enseignants, qu’il accepte, si possible, de venir au secours de l’école guinéenne et qu’il rende les propositions et les négociations plus fluctuantes pour que chacun en sorte vainqueur.

La rue n’est pas la solution, elle n’a rien résolu depuis très longtemps.
Que la dévotion de l’enseignant à un idéal aussi noble ne change pas. Le règlement de comptes et la transformation d’une revendication légitime en compétition d’amours-propres n’aidera personne, et n’aidera pas le pays à sortir de la crise qui depuis longtemps paralyse son secteur éducatif.

La Guinée devrait être notre priorité, notre priorité!

Aboubacar Sidiki Kaba, Étudiant en MBA.
“Le citoyen du monde”.

2 Comments

2 Comments

  1. Mohamed Doukouré

    8 janvier 2019 at 14 h 43 min

    C’est une belle analyse .
    L’enseignement est devnu le “VIH/SIDA” en guinée .Tout le monde a peur de cet endroit qui devait permettre au pays de s’exprimer partout où, les les autres s’exprimeront.Mais helas !

  2. Adama

    8 janvier 2019 at 16 h 49 min

    Merci mon petit frère pour pour tes mots bien choisis afin de tourner la face cachée de la situation précaire de nos maîtres.

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